L’apparence de vérité



   
           

Par un souci de transparence, je fais un détour sur les modalités de la recherche de la vérité. Comment savoir si ce que l’on prend pour vrai n’est qu’illusion et que la méprise nous guette. La philosophie nous apprend à déjouer ces pièges de l’apparence de vérité. Aller à l’essentiel est une première approche. Car noyés dans les détails, nous prenons des chemins de traverse qui nous enlisent et nous perdent. La hauteur de vue est capitale. Nous trouvons la justesse de propos et le bon chemin qui mène à l’essentiel des pensées. La fiabilité de notre jugement se dessine au fur et à mesure de notre avancée spirituelle.

Cependant, il faut bien savoir si nous avançons sur une ligne droite ou sur une boucle. Cette boucle du temps qui nous enferre dans le retour des choses. Nietzsche l’a bien expliqué dans sa philosophie de l’éternel retour. Pouvons-nous vraiment nous dire que nous sommes libres si notre vie est prise dans l’étau de l’éternel retour. Que ce soit un retour des belles choses ou un retour des mauvaises choses, peu importe, nous sommes tels des hamsters pris au piège de la roue du destin. Un mauvais engrenage et hop, nous tournons en boucle, série de looping plus ou moins heureux. Empêtrés dans le karma…

Je dirais que chaque être humain dans ce monde est en pleine prison de la boucle du karma. Il faut ajouter à ce karma personnel, le karma familial, régional, national, mondial. Il y a tant de noeuds, d’engrenages et d’interactions que nous ne savons plus comment nous en sortir.

En fait, le véritable libre arbitre est parti de nos vies depuis bien longtemps. Nous croyons sur le corps être libres, mais nos âmes sont loin de l’être. Les différents bergers que nous avons suivis étaient eux-mêmes pris au piège de cet engrenage. Je ne dis pas qu’ils ont tout faux, loin de là. Je ne me permettrais pas. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Mais il est illusoire et orgueilleux de croire qu’un seul berger puisse détenir l’entière vérité du monde. C’est au contraire en jugulant plusieurs pensées que l’on arrive à une vérité. D’où l’intérêt d’avoir un dialogue œcuménique et interreligieux.

Concernant Bouddha, quand il parle de Nirvana que nous obtenons quand le karma s’éteint, j’irais plus loin que lui. Cette lumière blanche qu’il a vue en atteignant le nirvana, n’est autre qu’une liberté. Une page blanche de sa vie qu’il peut remplir à sa guise. Le début du libre-arbitre. Ce n’est donc pas la fin de la vie sur Terre, loin de là. Mais la fin de la vie enchaînée à la boucle du destin. En fait, il était enfin vraiment libre de mener sa vie comme il le voulait. Et qu’en a-t’il fait de sa vie de liberté qui s’offrait à lui ? Cela devait être sa dernière vie enchaînée à la roue du destin, et lui a érigé sa philosophie en disant que d’avoir atteint l’éveil nous permet de ne plus vivre sur Terre, juste au ciel. Et non, pas du tout, Sa prochaine vie était libre, libre de tout karma positif et négatif, en plein éveil…

Je réfute que la liberté soit dans la mort. Ou pareil cette erreur de croire que le paradis ne peut-être qu’au ciel, qu’une fois mort. Je ne vois pas pourquoi est ancré en nous ce désir morbide de bonheur dans la mort. En fait, dans ceci, je n’y vois qu’un refus de la vie. C’est nous-même, êtres humains que nous sommes, qui n’aimons pas la vie, alors pour la supporter, nous inventons un système où le bonheur nous attend une fois mort. Tous suicidaires en fait. La vie est tellement belle, le Monde, tout l’Univers n’a tout de même pas été créé pour rien. Ce Big-Bang, ce mystère de la Création, des lois de l’Univers, cette beauté universelle du système solaire, tout ça pourquoi ? Pour que nous allions comme des idiots vers cette apocalypse promis dans les écritures ?

Et pourquoi ces écritures seraient à ce point vraies ? Elles ont été écrites il y a bien longtemps et personne ne remet rien en cause ? Je ne remets pas en cause, les pensées d’amour, de pardon, de transcendance, de rédemption et de remise en question sur nos propres erreurs.

Je remets en cause ce mauvais avenir promis par toutes les religions. Les hommes que nous sommes, nous sommes devenus fous à croire en une fin et la vouloir. En plus, comme chacun sait, quand en voiture, nous regardons le mur en face, nous y allons direct. Pareil si nous avons l’apocalypse en ligne de mire.

Fin du monde, détruire pour reconstruire c’est idiot. L’humanité a pris il y a très longtemps un mauvais chemin. Mais à cause de cela, doit-on tout détruire et nous détruire avec ? Style on efface tout et recommence ? C’est vraiment crétin et puéril de faire cela. Ca nous mènera juste au chaos, au néant, à la fin de tout...

Il faut, au contraire, faire avec ce que l’on a. Il faut vivre et savoir vivre avec le fait que le chemin pris par l’humanité n’est pas le bon. Et au fur et à mesure, petit à petit, que ce chemin rejoigne le bon chemin que nous aurions dû prendre.

J’image ce que je viens de dire. Promeneurs en forêt, nous nous perdons, faudrait-il nous entretuer et détruire la forêt ? Ou plutôt essayer par tous moyens de se sortir de cette forêt en trouvant le bon chemin ? Et on sait bien que chaque personne qui se perd dans une forêt ne détruit pas la forêt pour autant, nous nous conduisons de manière juste et pragmatique. Alors pourquoi quand il s’agit de l’humanité entière nous voulons l’apocalypse tout ça parce que l’humanité fait des erreurs ?

Mais bon si déjà, dans une même famille, une même entreprise, on ne s’entend pas, comment bien s’entendre au niveau d’une ville, d’une région, d’un pays, du Monde, de l’Univers. Le problème n’est pas quel groupe serait le meilleur au pouvoir, mais pourquoi ne savons-nous pas nous entendre dans toutes nos différences, nos spécificités et nos points communs aussi. Quelle richesse cette diversité de nations, de caractères, de cultures. Pourquoi avons-nous peur de l’autre ? Pourquoi ne supportons-nous pas une personne différente de soi ?

En plus, l’association primaire et principale, c’est-à-dire un homme et une femme, est en danger. L’élément masculin et l’élément féminin sont deux éléments différents avec des spécificités propres à chacun. Pourtant ils doivent s’entendre et s’aimer pour créer la vie, créer un monde, notre monde de demain. Il faut vraiment accepter l’autre, cet autre différent de soi. Et cet autre que nous n’aimons pas, ne serait-il pas le miroir de ce que nous ne voulons pas voir en nous-mêmes ? Ce qui revient à dire que nous ne nous aimons pas nous-mêmes.

Si on ne s’aime pas soi-même avec ses propres qualités, ses propres défauts, comment pourrions-nous aimer les autres, aimer l’autre. Et s’entendre sur Terre.